We R all gonna die (Mothers's cake)

Les Autrichiens de Mothers's Cake, qui évoluent depuis une vingtaine d'année quelque part entre rock psychédélique, punk, funk et héritages 90's tels que le grunge et la fusion, ont balancé le 8 octobre leur nouvel album We R all gonna die, qui, à l'instar de ses prédécesseurs (on pense instantanément à certains titres de Cyberfunk!), fait de notre société quelques instantanés peu élogieux mais d'une efficacité sonore remarquable, taillés à la hache pour la scène, lieu de prédilection du trio, qui le revendique haut et fort : "Les chapitres de notre livre s’écrivent sur scène. C’est là que nous absorbons et libérons notre énergie. (...) Les gens viennent à nos concerts pour se plonger dans une rage musicale." peut-on lire sur leur site officiel en guise de biographie.

Le nouvel album marque un virage dans la carrière éclectique des Autrichiens : les rythmes se font plus punks et saturées que jamais, sans fioriture, comme un pavé brut lancé dans la marre, ce qui ne signifie pas que le groupe ne conserve pas cette musicalité incroyable qui est sa marque de fabrique. Le titre qui a donné son nom à l'album ouvre les hostilités, soulignant la futilité des obsessions humaines face à notre inéluctable fin commune, le tout dans une ambiance nihiliste, soulignée par le clip déjanté qui a accompagné son lancement. Mais très vite, "Going down" fait place à des élucubrations sonores très 90's, là où "Blues" remplace efficacement la mélancolie du désespoir par la colère, avant que "All for nothing" ne déboule avec sa rythmique ultra efficace, son chant rageur presque grunge, sa batterie survoltée piochée au coeur du punk, qui en font l'un des titres les plus dévastateurs de l'album, avec "Apocalypse" le bien nommé, aux guitares déchaînées d'influence thrash, à la batterie martiale, qui enfonce le clou du titre d'ouverture. On avait été prévenus : ""You can do whatever you want / You can pray, you can dance, you can talk / Millionaires, pharaohs, Katy Perry, and the Pope / Prime ministers, Amazon, sportsmen too / Me and you / We're all gonna die". De quoi relativiser et décider de ses propres priorités.
Mother's cake balance donc, non sans un certain sarcasme, une vision sociétale où les faux-semblants, les apparences ("U see" ou l'excellent "City lights" qui rappelle Jane's addiction et RATM), l'égocentrisme, ne peuvent mener qu'au chaos parfaitement incarné par l'anti-héros final "Badman", figure toxique qui apparaît dans le miroir du quotidien, loin, bien loin du "héros malgré lui" que l'Amérique a vendu au reste du monde depuis plus de quarante ans. Pendant que le monde s'escrime à aller bien, qu'on nous vend de belles promesses jamais tenues ("All for nothing"), que l'injonction à choisir la carte de la résilience écrase un peu plus chaque jour ceux qui n'en peuvent plus ("Take it easy"), un autre discours forge ses armes, celui de la révolte. L'esthétique a priori folle mais qui puise dans le punk l'ironie grinçante de figures comme celles des clowns trouvera un écho évident dans les costumes en tous genres que l'on a vu surgir dans les manifestations qui secouent le France et une partie du monde en cet automne 2026.

Ce nouvel album inscrit Mother's cake parmi les formations capables de fédérer une énergie, un discours, et, en plus de s'inscrire comme l'une des pierres angulaires de leur carrière déjà remarquable et remarquée, il pourrait être rapidement l'un des symboles d'une période qui mêle déréliction et révolution dans une énergie amère et encore informelle qui ne demande qu'à trouver sa voie définitive. Comme aux grandes heures du punk engagé, la scène, comme une famille, se présente comme un lieu pour se retrouver, se ressourcer, soi-même et avec l'Autre, lieu de partage hérigé en "Temple", un peu comme, dans un tout autre genre, Coline Rio a sa "Maison".
Punk, rock, ska, blues, tout est ici porté à ébullition, et ce n'est pas la tournée européenne de ces gars sortis de leur Tyrol natal qui éteindra le feu sous la casserole ! Gageons qu'une génération saura puiser dans de telles galettes de quoi nourrir son réalisme nécessaire tout autant que son envie et sa capacité à décider d'autre chose. L'un des grands albums de cette année, incontestablement !





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